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Notre comité de rédaction présente ici des éditoriaux conformes à sa vision de l’enfance internationale dans les domaines apparentés à l’abandon, à l’adoption, à la migration, à l'interculturalisme et à la santé et aux droits des enfants du monde.  Il faut y voir un plaidoyer pour l’enfance nomade et l’avenir des uns et des autres.

 
 
L’ail et le roi : un petit conte juif
Auteur: Grégoire Viau, chroniqueur, Qc. Canada
Éditeur: Le monde est ailleurs
Date: 9 décembre 2008
 

Toutes les occasions sont bonnes pour ouvrir la discussion. Ainsi, ce petit conte juif alimentaire ne peut que donner l'appétit. Indubitablement.

 

Un paysan très pauvre tirait le daible par la queue en cultivant de l'ail, qui poussait en telle abondance dans le royaume, que son commerce n'était pas brillant.

 

Un jour, entendit parler d’un autre royaume, situé à des jours et des jours de marche, où l’ail, lui assurait-on, était absolument inconnu de ses habitants.  Sans doute meilleur commerçant que cultivateur, il eut alors une inspiration :

 

« Si j’allais, calcula-t-il, proposer ce produit aux habitants de ce royaume, peut-être l’apprécieront-ils, et alors ils pourraient m’en acheter. »

 

Une bonne affaire ?

Ignorant les sarcasmes de son épouse et de ses voisins, il ramassa tout son ail et l’entassa dans une grosse charrette. Il fit ses adieux et partit pour ce pays lointain. 

 

Après un très long voyage, il parvint enfin à ce royaume dont la richesse s’affichait à toutes les portes.  Ébloui par tant de splendeur, il demanda une audience au roi, et l’obtint. 

 

« Majesté, j’ai fait un très long voyage pour vous proposer un aliment que vous ne connaissez pas.  Il s’agit de l’ail : c’est un condiment qui a de grandes vertus et qui parfumera vos plats d’une manière tout à fait particulière. » 

 

Le roi, dont l’ouverture d’esprit et la curiosité avait fait la fortune de son royaume, se montra spontanément intéressé par cette nouveauté.  Il dit au paysan : « Brave étranger, apporte ton ail à mes royales cuisines, et fais-le connaître à mon chef.  Qu’il prépare un festin en le mettant en valeur, et ce soir nous verrons bien si  ce produit étrange tient ses promesses. »

 

L’heure de vérité

Éperonné par cette opportunité, le pauvre paysan fit transporter de l’ail aux cuisines.  Le chef se fit docilement expliquer la manière de le préparer et composa quelques plats sur les instructions du visiteur étranger.

 

Le soir, toute la cour se réunit en grande pompe autour du menu proposé par notre pauvre paysan. 

 

À tout seigneur tout honneur, le roi prit la première bouchée, sous le regard anxieux de ses courtisans.  Le verdict fut immédiat.

 

« Étranger, je n’ai jamais rien goûté d’aussi bon.  Ainsi, je te propose un marché : en échange de ton ail, je t’offre ce qu’il y a de plus précieux dans mon royaume. »

 

Retour triomphal et l’envieux

C’est ainsi que le pauvre paysan revint dans son pays avec une charrette remplie de joyaux d’une valeur inestimable, à la stupéfaction de tous. 

 

Ses voisins étaient tous très pauvres.  Un en particulier, était encore plus pauvre que tous les autres, car il tirait sa subsistance de la culture de l’oignon, un légume qui poussait en telle  abondance dans le pays que son commerce n’allait pas très fort.

 

Quand il entendit l’heureuse aventure de son voisin, ce pauvre paysan eût une inspiration : « Si ce roi si puissant a pris un tel goût pour l’ail, peut-être voudra-t-il m’acheter mes oignons ? »

 

À la tombée de la nuit, ce pauvre paysan quittait déjà son village, tirant une lourde charrette remplie d’oignons. 

 

Après un long et pénible voyage, il atteint enfin ce royaume où l’on ne parlait que de l’ail.  Il demanda audience auprès du roi et l’obtint, et d’autant plus facilement quand on su de quel village il venait. 

 

Après l’ail, voici l’oignon

« Majesté, un de mes voisin est venu vous voir un jour pour vous faire découvrir un produit qui vous a ravi.  Permettez-moi de vous en faire découvrir un autre : il s’agit de l’oignon, qui est encore meilleur que l’ail. »

 

Le roi donna ses ordres aussitôt pour qu’on accommode ce voyageur étranger  afin que le miracle qu’il annonçait se réalise au plus vite.  C’était un roi gourmand. 

 

Le pauvre paysan gonflé d’espoir, apporta quelques oignons en cuisine, et apprit au chef à les éplucher, à les couper, à les faire cuire. 

 

Le verdict de l’oignon

Le soir même, toute la Cour se réunit pour le grand festin qui allait faire la fortune ou l’infortune de cette nouveauté. 

 

À tout seigneur tout honneur, le Roi prit la première bouchée.  Tous les yeux étaient rivés sur lui.  Sa sentence se fit aussitôt connaître.  Jamais, de mémoire du royaume, n’avait-on goûté quelque chose d’aussi bon.  Ému aux larmes, il prit le paysan étranger dans ses bras et l’embrassa : « Pour te récompenser de nous avoir fait découvrir une telle merveille, je t’échange ton chargement d’oignons contre ce que j’ai de plus précieux dans mon royaume ».

 

Et c’est ainsi que paysan rentra chez lui, tirant une lourde charrette… remplie d’ail. 

 

Sources

Adaptation libre d’un conte traditionnel juif

 

En extra

Le chandail, que les Français appellent si joliment « pull over », était porté par les maraîchers des Halles, le grand marché alimentaire de Paris au dix-neuvième siècle.  De « marchand d’ail », il est devenu « chandail », pour les familiers…

 
 
 
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