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L’histoire s’accélère
Ce qui dépassait l’imagination hier, sauf peut-être dans les esprits touffus des romanciers est déjà arrivé aujourd’hui. L’argent, l’information, les marchandises, les gens se déplacent autour du globe à des vitesses vertigineuses. De l’infiniment petit – faire l’amour, tondre le gazon, marcher en montagne – jusqu’à l’infiniment grand – faire la guerre à distance, une chirurgie à distance ou se faire une petite descente sur Mars (date annoncée par la NASA en 2012) : il faut refaire ses classes. Ne plus se satisfaire.
Plus question de mourir idiot, de bronzer idiot, de savoir comment bien faire partir une tache sur un pantalon. Le mur de Berlin s’achète en tranches, les bébés s’achètent par sexe. La génétique domine notre assiette, nos naissances, nos cancers. La croissance économique s’est moquée de notre justice sociale. Les autocraties ont avalé les États-providence. La communication a tyrannisé l’information. Les enfants naissent dans les pays les plus pauvres du monde. La corruption est partout galopante. Les modèles culturels sont souvent très insignifiants. Mondialisme, cannibalisme industriel, fanatisme, la crise des valeurs n’a peut-être jamais été aussi grande.
Bien sûr, toutes les époques ont dû vivre des passages. L’interrogation sur son époque est le plus petit commun dénominateur de ce que l’on pourrait qualifier la modernité. En Ouganda, 12 % des enfants de moins de 15 ans ont perdu leur mère ou leurs deux parents morts de sida. À Paris, on peut dorénavant commander son eau à la carte en s’asseyant à un « Water Bar ». La question n’est pas tant de savoir pourquoi aujourd’hui n’est plus comme hier ou si Microsoft est plus envahissant que le bas de nylon. Dans le No Mans Land sociologique qui consolide au jour le jour la géopolitique des économies, des technologies, des religions, des terrorismes et des modes nouvelles post ou néo, il suffit simplement de focuser sur l’être humain autour duquel s’articulent toutes les grandes questions. Sentimentalisme que de s’intéresser à l’être humain? Non, compassion ! Prétention que de s’intéresser à l’être humain ? Non, enthousiasme. L’enthousiasme est la seule vertu. La terre est drôlement faite : elle mérite qu'on s'y intéresse.
Jean-François Chicoine
CHU Sainte-Justine, Montréal, Québec, canada
Mars 2002
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