Y-aurait-il des difficultés propres à l'adoption et à l'abandon? Difficultés se retrouvant à l'école et ailleurs ?
Quand nous avons adopté notre premier enfant il y a 16 ans et quand nous avons rejoint Enfance et familles d’adoption (E.F.A.) quelque temps après, les parents adoptifs cherchaient tellement à banaliser l'adoption qu'ils ne voyaient aucune différence entre les problèmes des enfants par filiation biologique et ceux par filiation adoptive. Que n'entendait-on pas : "avec de l'amour, tout va se régler!..." Depuis, nous avons pris conscience que si l'adoption pouvait être un acte positif, nos enfants avaient vécu un véritable traumatisme avec leur abandon. De plus, on se rend compte que l'abandon dans la vie de nos enfants est plutôt à mettre au pluriel (abandon de la mère, de la nounou de l'orphelinat, de la famille accueil, etc.).Ce, ou ces, traumatisme(s) laisse(ent) forcément des traces. Ce n'est pas parce que les traces sont peu ou pas visibles qu'il n'y a pas de traumatisme plus ou moins profond.
Quelques exemples : nos 3 enfants adoptés ont depuis toujours une "abandonnite" aiguë dont les symptômes sont une peur plus ou moins consciente de laisser (ou d'être laissé par) leurs parents. On en rigole à la maison maintenant que l'on a identifié le problème. Il n'y a plus de hurlements, de pleurs, de diarrhées, eczéma à l'approche des départs potentiels ou réels. Il est quand même fou qu'à l'approche de 8 jours de vacances en solitaire des parents (les premières en 15 ans), on ait connu des ronchonnements, une angine, un rhume, des reproches, jusqu'à ce que l'on nous dise enfin (à l'age de 16 ans): "Vous allez ENCORE nous abandonner !"
À l'école cela se passe plus ou moins bien : difficilement pour l’aîné qui a du mal à se trouver intelligent, digne d'intérêt (tiens donc ?) et puis qui réalise que "dans son pays de naissance, on ne fait pas d'études ", alors, même si je suis bon, pourquoi continuer, hein?...Brillamment pour la seconde aux résultats scolaires au top : le désir de plaire, de montrer que malgré son infériorité (ah bon ?), elle peut surpasser les autres. Par contre, cette "supériorité " est chèrement acquise (au détriment de la santé, de l'épanouissement, de la relation amoureuse ?) et on la sent fragile : quand aurai-je le droit d'être comme les autres ?...Moyennement pour la troisième, qui souffre, elle, surtout de sa différence à l'école, du racisme primaire des mômes.Vous me direz, mais ces comportements se retrouvent chez des non adoptés ! L'abandon se retrouve aussi ailleurs, aucun enfant n'étant pas à l'abri de deuils, de parents qui se séparent, etc.. Oui, mais c'est donc bien l'abandon à la base de tout cela. Ensuite c'est la différence. Deux caractéristiques des adoptés...
Le problème de l'abandon ressort au moment où on s'y attend le moins. La part psychologique, irraisonnée ou inconsciente, appelez cela comme vous voulez, des maladies bien physiques est quand même troublante. Que dire des angines régulières avant les départs en grandes vacances qui disparaissent dès que l'on parle du lien possible avec l'abandon ?
Que dire quand son fils fait une bénigne crise d'appendicite qui soudain se complique au point de frôler la mort pendant plusieurs jours ? Que dans ses premiers moments de retour à la vie il vous dise "je voulais savoir si vous m'aimiez VRAIMENT !", puis "il fallait que l'on m'opère mon nombril, je ne voulais plus de nombril, juste une CICATRICE (c'est d'ailleurs réussi :la cicatrice fait 30 cm...)?
Que dire quand votre fille s'écorche volontairement la peau (qui a pourtant une si belle couleur ambrée) pour en faire disparaître la couleur "de ceux qui m'ont fait si moche " ?
Que dire de ce bébé, abandonnée à la naissance et dont l'infirmière voyait décliner la santé et disait qu'elle "ne voulait plus vivre ", le chirurgien diagnostiquant une maladie incurable et évolutive (qui s'est remise à vivre et qui n'a plus sa maladie incurable depuis qu'elle a été placée à l'âge de 9 mois dans une famille, mais c'est une autre histoire)?
Que dire quand, comme grand nombre d'enfants adoptés, ils sont, même quand ils sont brillants par ailleurs, particulièrement retord à tous exercices de mathématique, forme logique et scientifique de raisonnement, comme si leur vie disait que la logique ne s'appliquait pas à eux ?
Que dire de ma fille qui nous demande "si elle a le droit d'aimer sa mère biologique " qu'elle n'a jamais connue et si "cela ne nous ferait pas mal "?
Je pourrais multiplier les exemples trouvés rien que chez nos enfants. Je pourrai multiplier des exemples chez les autres : ce garçon plutôt gentil, quand j'ai pu l'écouter, et qui autrement ne s'exprime que par la violence, dont les parents refusent de lier à l'adoption cet appel à l'aide et l'écoute, et dont la violence va crescendo. La seule solution trouvée étant un internat dans une école privée "où l'on tient les enfants "... Cet autre môme qui fugue pour retrouver ses "vrais parents " alors que rien ne laissait présager ce départ, puisque tout se passait tellement bien. Celui qui se taille les veines pour retrouver sa mère alors que, là aussi, tout allait si bien...
Il va sans dire que tout cela confirme qu'il y a des difficultés propres à l'adoption, à la différence, à l'abandon. Je ne dissocierais pas ces trois notions.
En tant que parents adoptifs, cela doit être une évidence de prendre ces difficultés en compte. C'est certainement, ce qui rend le métier de parent plus difficile, parfois insupportable. C'est aussi ce qui rend la relation à ses enfants plus enrichissante. C'est ce qui doit nous aider à être plus humain et plus intéressant, non ?
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