Les 17 et 30 mars 2003, la police de la ville de Yulin, située dans la province de Guangxi, a découvert deux cas de trafic de bébés : vingt-huit nourrissons ont été sauvés dans le premier cas et 13 dans le deuxième. Une organisation criminelle composée de cinquante-deux suspects opérant dans des régions différentes a été démembrée. Dans cette chaîne criminelle, plus de cent bébés ont été achetés à des trafiquants, à des infirmiers ou à des sages-femmes de la campagne depuis 2001. Ces bébés achetés ont été revendus à des trafiquants dans d’autres provinces.
Le 12 juillet 2004, la police de la ville de Huhehaote, la capitale de la Mongolie intérieure, a découvert après cinq mois d’enquête un cas de trafic de bébés; cent deux suspects ont été arrêtés. Dans cette affaire, soixante-seize bébés au total ont été vendus par cette organisation criminelle, dont trois morts. Depuis 2003, les criminels ont acheté soixante-seize bébés, âgés de deux heures à cinq jours, à 28 cliniques ou hôpitaux de la banlieue de la ville. Selon l’enquête de la police, le prix d’achat d’un garçon par les criminels se situe entre 7 000 et 8 000 yuans ( environ 846-967 $US ); et celui pour une fillette se situe entre 1 000 et 2 000 yuans ( environ 121-242 $US ). Ces réseaux auraient vendu les garçons pour un prix allant entre 8 000 et 13 000 yuans ( 967-1572 $US ) et les fillettes pour un prix allant de 2 000 à 7 000 yuans ( environ 242-846$US ).
Selon « économie 30 minutes » de China Central Télévision (CCTV) du 5 avril 2005, la police de la ville de Putian dans la province de Fujian a détruit une chaîne des criminels de la traite d’enfant. Ce groupe de plus de cent criminels a acheté soixante-dix bébés à cliniques ou hôpitaux pour un prix allant de 3 000 à 4 000 yuans ( environ 363-484 $US ) et les a vendus pour un prix se situant entre 18 000 et 24 000 yuans ( environ 2177-2902 $US ) dans la province de Yunnan, Fujian, Guizhou , Sichuan, Guangdong et Heilongjiang, et ce, pendant dix ans. Actuellement, quarante suspects ont été arrêtés et quarante-quatre bébés ont été sauvés.
Ces trois cas ont été rapportés par les médias officiels chinois dans les dernières années. En ce qui concerne le nombre de suspects arrêtés ou le nombre d’enfants achetés ou vendus dans ces trois cas, les chiffres sont extrêmement graves, mais ce qui est encore plus grave est le fait qu’ils ne soient qu’une pointe de l’iceberg du crime de la traite des enfants en Chine. Derrière ces événements, quelles pourraient être les réflexions plus concrètes, à part la négligence des droits de la personne au pays?
La tradition
D’abord, l’influence de la mauvais tradition est encore forte. Dans le cas de Huhehaote, la police a présenté qu’un des bébés sauvés avait été donné encore une fois aux autres par sa mère 5 jours après son retour. La mère de l’enfant a dit que son mari est fils unique et que la famille de son mari a besoin d’un garçon pour garder leur nom de famille, ce pourquoi elle avait donné sa fille aux autres. Selon la tradition chinoise, la préférence d’un garçon est bien installée dans les mentalités, notamment chez les Chinois habitant à la campagne ou vivant dans une ville de la campagne. Comme le gouvernement effectue la politique d’enfant unique, certains parents abandonnent leur fillette pour avoir un garçon.
La surveillance
Ensuite, l’absence de surveillance dans les cliniques. Dans ces trois cas, les criminels achètent souvent les bébés à des cliniques ou des hôpitaux. Certains médecins ou infirmières de ces établissements font partie de la chaîne du groupe de criminels de la traite d’enfants. En Chine, de nombreuses cliniques informelles se trouvent précisément dans la banlieue des villes. Ces cliniques prennent soin généralement des nombreux immigrants pauvres habitants dans la banlieue et qui viennent de la campagne pour chercher du travail dans les villes. Ces immigrants ruraux choisissent ces petites cliniques informelles parce qu’elles coûtent beaucoup moins cher qu’un hôpital formel et qu’elles ne s’occupent pas du problème de l’accouchement d’enfant des couples non mariés. Prenons le cas de Huhehaote, les journalistes ont visité le quartier où le groupe des trafiquants habite. Ils ont trouvé sept cliniques dans une petite rue de moins de 50 mètres et quatre cliniques spécialisées d’accouchement dans une autre rue de moins de 100 mètres. Dans les onze cliniques reliées au crime, deux seulement ont le permis d’établissement. De nombreux médecins et infirmières qui travaillent dans ces cliniques informelles n’ont pas eu d’instruction médicale professionnelle; leur personnalité et leur morale professionnelle sont très incertaines. De plus, la banlieue des villes où les immigrants habitent est très mal gérée. Les habitants sont très instables et de nombreux criminels se cachent parmi eux. D’ailleurs, les enfants des parents non mariés n’ont pas d’identité et ils ne peuvent pas aller à l’école. Comme leurs parents travaillent dur et n’ont pas de temps pour s’occuper de leurs enfants, les criminels ont l’occasion de kidnapper facilement les enfants dans ces régions.
La connaissance
Enfin, réfléchissons sur l’absence de la connaissance du droit et la difficulté des centres d’accueil des enfants abandonnés. En Chine, certains Chinois, y compris des médecins et des infirmières, ne savent pas que la traite d’enfant est un crime. Par exemple, certains parents considèrent que leur enfant fait partie de leur propriété privée et qu’ils ont droit de les donner aux autres ou de les vendre si ils ne peuvent pas ou ne veulent pas l’élever. Certaines personnes qui adoptent les enfants ignorent le droit d’adoption. Ils pensent que c’est une contribution sociale s’ils achètent et élèvent les enfants abandonnés. Selon la police de Huhehaote, les parents d’un nouveau né doivent 300-500 yuans (environ 36-60 $US) à la clinique individuelle, mais les trafiquants d’enfants donne 800-1 000 yuans aux médecins ou infirmières pour l’achat d’un bébé. Aux femmes qui veulent avorter leur bébé, ces médecins ou infirmières proposent d’accoucher le bébé et de le vendre après l’accouchement. D’ailleurs, les difficultés des centres d’accueil des enfants abandonnés ont stimulé objectivement la traite d’enfants. Depuis les dernières années, de nombreux habitants ruraux ont déménagé dans les villes à cause de l’industrialisation et l’urbanisation de la Chine. Prenons encore l’exemple de la ville de Huhehaote. Il avait 700 000 habitants urbains en 1990. En 2004, ce chiffre a augmenté à 1.3 million. Ces immigrants ruraux sont généralement pauvres, et quand ils ont un bébé handicapé ou fillette, ils l’abandonnent. Mais le centre d’accueil des enfants abandonnés de la ville est incapable d’accueillir ces enfants. Ce centre compte actuellement 60 employeurs qui s’occupent de 171 enfants, dont 95% sont des enfants handicapés. Le budget mensuel est 190 yuans (environ 23 $US) pour chaque enfant. Toutes les dépenses d’un enfant, y compris la nourriture, le vêtement, le soin, l’éducation, sont comptées dans ces 190 yuans. Quand la police de Huhehaote a amené un des bébés sauvés au centre, ce denier a refusé de l’accueillir, car il n’y a pas de budget pour ce bébé.
Les inquiétudes
Étant donnée la situation critique de la traite d’enfants à l’intérieur de la Chine, il est légitime de s’inquiéter du fait que les organisations criminelles internationales aient déjà établi des liens avec les trafiquants chinois ou aient l’intention de le faire dans le but de se livrer au trafic d’enfants destinés à l’adoption ou à d’autres pratiques légales. Selon le document de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), ces dernières années, de nombreux enfants recrutés au Cambodge, en Chine, au Laos et au Myanmar ont été livrés à la prostitution en Thaïlande. Les fillettes du sud de la Chine transitent par le Myanmar et les enfants laotiens atteignent les provinces du nord et du nord-est en traversant le Mékong. Selon le Bureau de la répression de la criminalité de la police thaïlandaise, plus de la moitié des fillettes et des jeunes femmes qui ont été retirées de maisons de prostitution thaïlandaises ces dernières années, étaient originaires du Myanmar et de la Chine.
Les sources de nouvelles
1. Xinhua News Agency: http://news.xinhuanet.com/
2. Organisation Internationale du Travail: http://www.ilo.org/ |
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