« Je sais, je sais, il faut se donner du temps! Finalement on ne se connaît pas beaucoup, toi et moi, comment pourrais-tu avoir totalement confiance en moi? Mais on va essayer d’y arriver ensemble, petit à petit, qu’en penses-tu? »
Chicoine, Germain, Lemieux
L‘enfant adopté dans le monde en quinze chapitres et demi, 2003
Plus de la moitié des enfants biologiques vivent dans un état de bonne sécurité affective et cette manière d’être en eux et avec les autres s’observera également dans leurs comportements comme adolescents et comme adultes.
D’excellents papiers scientifiques existent sur la question. Certains chercheurs ont même poussé leurs travaux jusqu’à présenter des échelles validées de sécurité affective adaptées à l’âge.
Ces recherches ont également permis de démontrer qu’environ le tiers des enfants vivaient une certaine insécurité affective. On ne parle pas ici de pathologie, plutôt de style relationnel. Ce sont ces enfants nés de mère adolescente, de mère dépressive, ce sont de grands prématurés, de petits poids de naissance, des enfants brisés par des ruptures, des séparations pour cause d’hospitalisation, de divorce et bien sur les enfants de l’adoption qui appartiennent presque toujours à ce groupe et constituent donc, en général, une population d’enfants moins sécurisés que la moyenne des enfants qui poussent.
Certains chercheurs contestent le fait que les enfants adoptés développent plus d’insécurité que d’autres, mais les imprécisions évaluatives de leurs recherches, en l’absence d’instruments de mesure satisfaisants pour le contexte adoptif, les difficultés de bâtir des sous-groupes d’enfants adoptés selon leurs âges à l’adoption, leur état de santé et leurs blessures antérieures, également les facteurs confondants au niveau pré et post adoption, les difficultés de comparaison avec des groupes contrôles, la force de l’expérience d’autres chercheurs populationnels en adoption convaincus de la prévalence de ces insécurités affectives ainsi que les données développementales et en psychopathologie clinique ne se semblent décidément pas donner raison à leurs travaux. Les enfants de l’adoption vivent en moyenne avec plus d’insécurité affective que la moyenne des enfants du groupe social de leurs parents.
De l'insécurité affective
Définis comme ambivalents, résistants ou évitants, ces styles d’attachement insécure observés en laboratoire humain depuis les travaux d’Ainsworth, de Solomon et des chercheurs de la lignée, ont des échos cliniques apparentés que des découvertes futures permettront de mieux définir, mais que tous les membres de l’équipe interdisciplinaire peuvent dès à présent repérer pour guider la prise en charge thérapeutique et outiller les parents.
Certains enfants plus résilients ou moins fragilisés ne challengeront pas trop longtemps ou trop vigoureusement leurs nouveaux parents. Ils vont assez rapidement refaire confiance, accepter de s’engager sur le pont familial et se laisser aimer, protéger et guider. Ces enfants ne seront cependant pas à l’abri d’un éternel retour au mode insécure si une tempête de la vie fragilise la solidité de leur pont. Une maman atteinte d’un cancer, un déménagement, une séparation du couple peuvent devenir des ancrages post-traumatiques qui vont à nouveau projeter l’enfant sans problèmes dans une peur incontrôlable, celle d’être encore abandonné, la peur que le pont ne s’écroule une fois de plus.
Néanmoins, la plupart des enfants chercheront à tester le nouveau pont « papa et maman » pendant des semaines ou des mois. Ils éviteront le regard de leurs parents pour mettre en action leur survivance, quémanderont de l’affection aux étrangers devant un refus de leur autorité parentale. Selon leurs stratégies habituelles de survie, la confrontation, l’inhibition ou la fuite, leur modèle opérationnel interne s’exécutera en différents modes de présentation.
Le style ambivalent apportera aux familles par adoption son lot de petits sumos, des enfants colériques, opposants, irritables, de caractère difficile, insatiable, inconsolable et semblant dire : « Non, vous ne m’aurez pas cette fois-ci, je n’embarque pas sur votre pont».
L’attachement anxieux-résistant fera découvrir ses petits velcros accaparants, insécures, agités, insomniaques, toujours accrochés à leurs parents, pleurant pour des riens et qui pourraient bien s’exprimer ainsi : « J’ai tellement peur que le pont tombe que je m’accroche désespérément à lui et je ne le quitte pas de yeux une seule minute ni de jour ni de nuit ».
Pour sa part, le style d’attachement évitant donnera à voir de petits solos prudents d’apparence calme, sociable, des enfants apparemment faciles, qui s’occupent et se consolent tout seul, qui ne demandent pas grand-chose. Ce sont les « Je me conforme, je ne fais pas de vagues, je suis en observation, je suis en relation utilitaire avec ce pont et puis on verra bien.».
De l'insécurité affective aux troubles d'attachement
Ces manières d’attachement se présentent à l’équipe parentale aussi bien qu’en consultation professionnelle dans une sorte de continuum dont l’intensité et la gravité varient dans le temps et l’espace. La normalité et son large spectre ne sont donc pas toujours au rendez-vous. Certains enfants adoptés présenteront des difficultés relationnelles graves qui dépassent largement le style affectif insécure. Ces enfants ne sont pas « désagréables » ou « de caractère fort », ces enfants sont malades et souffrent de problèmes ou des troubles de l’attachement, ce qui est d’un autre ordre que le style insécure au quotidien..
Simple défi, problème comportemental manifeste ou encore trouble beaucoup plus sévère, les difficultés d’attachement méritent évidemment une évaluation et un encadrement professionnel de plus en plus étroit à mesure que s’installent ou se laissent découvrir les symptômes de la problématique.
Il importe de dire que l’évaluation de l’intensité des comportements négatifs en place se fait beaucoup plus facilement quand les intervenants ont l’habitude de prendre en charge des enfants adoptés et leurs familles. Ces praticiens savent aller au-devant des ruptures de l’un et des deuils de l’autre pour accueillir les brisures autant que les désarrois et amorcer ou les techniques éducatives parentales ou la thérapie.
RÉFÉRENCES
Chicoine, J.F. et Lemieux, J. Les troubles de l’attachement en adoption internationale, Le journal des professionnels de l’enfance, France, mars et avril 2006
Chicoine, J.F La pédiatrie des enfants retrouvés, Ministère de la Famille de la communauté française, Bruxelles, Belgique, mars 2005
Lemieux, J. Adopteparentalité, Bureau de consultation en adoption de Québec, Le monde est ailleurs, Québec, Canada, 2006 |
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