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LES EFFETS À LONG TERME DE LA MALNUTRITION  
Auteur: Jean-François Chicoine, pédiatre, Qc, Canada
Source : Extrait de :"L’enfant adopté dans le monde en quinze chapitres et demi"
Éditeur : Les Éditions de l’Hôpital Ste-Justine, Qc, Canada
Date/pages : 2003

Le cerveau se développe en grande partie avant l’âge de trois ans. En 36 mois seulement, comme en faisait état l’UNICEF dans un récent rapport sur la santé des enfants du monde, un enfant développe sa capacité à penser, à parler, à apprendre et à raisonner. À cause de ses effets délétères sur la croissance des jeunes cerveaux, la malnutrition qui sévit sur la planète va affecter le devenir intellectuel et social des adultes en herbe. Mais dans quelle mesure? Et chez quel enfant en particulier?

 

Plusieurs recherches s’intéressant aux effets à long terme de la malnutrition ont effectivement pointé du doigt les effets pervers des carences nutritives sur le développement du jeune enfant. Une étude importante réalisée à la Barbade rapportait que les enfants mal nourris en bas âge présentaient plus de retards intellectuels, plus de problèmes d’apprentissage scolaire et plus de problèmes d’estime de soi que ceux qui avaient mangé à leur faim. Un élément important mis en relief dans ce travail concernait la fréquence des déficits d’attention avec ou sans hyperactivité chez les enfants ayant souffert de malnutrition. Les problèmes fréquents d’hyperactivité chez les enfants adoptés seraient-ils dans une certaine mesure en relation avec leurs carences alimentaires passées? Une autre étude réalisée aux États-Unis, celle-là auprès d’enfants adoptés en Corée, a également mis de l’avant des déficits intellectuels à l’âge scolaire chez ceux qui avaient subi de la malnutrition manifeste avant leurs deux ans.

 

D’autres recherches ont cependant souligné l’extraordinaire plasticité du cerveau et sa capacité étonnante de récupérer après l’adversité. Il appert que malgré une malnutrition grave, plusieurs enfants évolueraient par la suite sans que rien n’y paraisse sur leurs capacités. Voilà donc une bonne nouvelle pour les parents adoptants forcés de tenir compte de la maigreur indésirable de leur nouvelle recrue. Une malnutrition apparue après la naissance, c’est-à-dire sans rapport avec un retard de croissance intra-utérin, ou encore une malnutrition corrigée avant que l’enfant n’atteigne ses deux ou trois ans s’avérait donc de bon augure pour la récupération.

 

Une majorité d’orphelins ayant plutôt perdu des plumes en institution entre l’âge de six et douze mois, et repris ensuite du poil de la bête dans les bras de leurs parents adoptants avant l’âge de deux ans, on est donc en droit d’espérer le meilleur pour leur développement cérébral. Par ailleurs, le devenir des enfants plus âgés paraît plus problématique quand la croissance de la tête semble avoir souffert de la faim sur de longues périodes.

 


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