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Ce n’est pas un secret : l’homophobie appartient à la quasi-totalité des cultures de ce monde. La réprimande face à l’homosexualité s’exprime violemment, physiquement et moralement ou, plus indirectement, dans les faits et gestes du quotidien. En Afghanistan, on lapide les homosexuels. En Occident, on les congédie. Le dit et le non-dit associent l’homosexuel à la dérive, à la perversion, au mal et, dans le meilleur des cas, à la provocation. Difficile donc, selon cette logique, d’introduire un enfant dans une famille homosexuelle.
La nature imposant son ordre biologique à la culture du vivant, les couples homosexuels se tournent souvent vers une amie ou un ami pour s’assurer d’une progéniture. On devient amant le temps d’un enfant. Quand ce n’est pas l’insémination artificielle avec l’arroseur à dinde et autres machins dans le bureau du Chinois ! Certains optent plutôt pour une mère vendeuse. Nous ne connaissons pas le nombre exact de parents homosexuels – qu’ils soient en couple hétéro ou homosexuel - mais on estime qu’il y a, aux États-Unis, entre 1 et 9 millions d’enfants ayant au moins un parent homosexuel. Parmi cette marmaille, certains ont été adoptés en bonne et due forme.
Qu’est-ce qui choque, au juste ? Tout ! Mais encore ? Plusieurs craignent que les enfants soient encouragés à devenir homosexuels. D’autres affirment que ces parents ne sont en fait que des pédophiles déguisés. Plusieurs croient que les parents de même sexe sont très différents des parents hétérosexuels. Plusieurs prétendent aussi que ces parents homosexuels n’ont pas la stabilité de couple souhaitée. Or, il semble que tout ce qui précède soit faux. Une compilation de données scientifiques sur la question nous conforte dans nos impressions : il n’y a pas de risques répertoriés à court, à moyen ou à long terme chez les enfants issus de familles avec parents de même sexe. Ils ne sont pas différents des autres enfants, sinon pour leur ouverture d’esprit face aux modèles sexuels non traditionnels. Alors, devant cet état de fait, pourquoi ne pas donner aux couples homosexuels le privilège d’adopter ?
C’est ainsi qu’au début de l’année 2002, l’American Academy of Pediatrics allait même jusqu’à se positionner en faveur de l’adoption d’enfants par des parents de même sexe. Pour une des premières fois depuis la circoncision, les pédiatres américains s’aventuraient sur un territoire social dépassant celui de l’exercice clinique. Selon leurs révisions à eux aussi, il n’y avait pas plus de pédophiles chez les parents homosexuels et pas plus d’homosexuels dans leur progéniture. Paraît même que les mères lesbiennes s’avéraient plus concernées par l’importance de trouver un référent masculin que les mères hétérosexuelles divorcées.
Pour éviter toute souffrance au sein de la famille, l’identité sexuelle du couple adoptif doit être assumée et les rôles parentaux doivent être clairs. Sans cette mise en lumière de l’identité sexuelle, le couple peut difficilement assumer les nouveaux rôles qui naissent de la filiation. De plus, pour éviter que l’enfant ne se sente marginalisé à l’école, il s’avère essentiel de lui dire la vérité. Bien sûr, il faut savoir quand et surtout comment le dire, c’est-à-dire dans l’amour et l’affection. Les études s’accordent pour dire qu’il faut renseigner l’enfant le plus tôt possible. Mais comment faire ? C’est simple, en insistant moins sur la sexualité que sur l’amour entre deux personnes.
Les familles adoptives avec parents de même sexe ressentent parfois le besoin de chercher du soutien professionnel. Pourtant, une gêne et un malaise empêchent souvent le couple de consulter ou de parler franchement avec les professionnels du secteur social ou de la santé. En outre, plusieurs professionnels ont, à l’instar de la population générale, des préjugés sur ces nouvelles formes familiales. Encore une peur qui empêche de consulter et de demander de l’aide ! Conséquence : ces familles sont souvent isolées. Pourquoi cette gêne ? Parce qu’on n’a pas assumé publiquement son homosexualité ? Pas toujours. Parce qu’on a peur des préjugés ? Sûrement. Pour protéger les enfants de risques d’être encore plus marginalisé ? Certainement. Mais aussi la peur d’avoir à révéler qu’on a menti, transgressé les règles pour arriver à se créer une famille. Tromperies et mensonges acceptables diront certains, puisque c’est dans un but de bonheur pour eux-mêmes et pour l’enfant. Ce qui est acceptable pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre. Ce désir légitime d’enfant ne signifie pas qu’il faille s’affranchir des lois de son propre pays et encore moins tromper consciemment le pays d’origine. Dans ce débat de société, où le choc des valeurs fait encore couler beaucoup d’encre, certains sont tentés par une forme de militantisme du droit à l’enfant. Ils brandissent les mots « discrimination » et « injustice », et ils réclament le droit à la parentalité adoptive. Stratégie du désespoir, disent certains. Mais il s’agit d’une stratégie qui n’est ni efficace ni réaliste ni acceptable.
Rappelons-nous : ni les célibataires hommes ou femmes, ni les couples hétérosexuels ni les couples gais ne peuvent réclamer ce droit à l’adoption d’un enfant né au Québec ou en Haïti. L’adoption n’est pas un droit, mais un privilège.
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