Accueil / Adoption / Examiner les risques / Compétences parentales
 
LES QUALITÉS PARTICULIÈRES  
Auteur: Johanne Lemieux, travailleuse sociale et Jean-Francois Chicoine, pédiatre, Québec, Canada
Source : Extrait de:"L'enfant adopté dans le monde en quinze chapitres et demi"
Éditeur : Les Éditions de l'hôpital Sainte-Justine, Québec, Canada
Date/pages : Février 2003

 

Malgré leur désarroi face aux visites d’agrément, malgré leur colère et leurs rancœurs face à tel ou tel fonctionnaire technocrate, les parents d’enfants adoptés sont les premiers à admettre que pour adopter, il faut avoir des qualités particulières.  Ces qualités ne font pas des parents adoptants des gens supérieurs, mais simplement des gens qui ont la volonté et les capacités de développer un potentiel d’attachement hors du commun.

 

Si les amateurs de sports extrêmes sont capables de se mesurer aux forces de la nature, c’est parce qu’ils sont avant tout capables de courir des risques. De la même manière, devenir parent par adoption c’est accepter que le risque fasse partie intégrante de la vie. Certains parents adoptants ont l’illusion que l’agence ou œuvre d’adoption, de concert avec le médecin de l’ambassade ou de la clinique consultée avec le dossier médical en pré-adoption, peuvent garantir un enfant en parfaite santé mentale et physique.  Plusieurs pensent même que le fait qu’un enfant soit déjà né, pré-cuit en quelque sorte, leur offre plus de garanties que s’ils l’avaient concocté eux-mêmes, avec la recette habituelle de la grossesse biologique.

 

Avoir des enfants, c’est choisir de courir des risques :  le merveilleux risque d’aimer et d’être aimé, avec tout ce que cela suppose de hasards et d’événements incontrôlables. Concrètement, avoir un enfant, c’est croire dans la capacité de croissance et de développement d’un être humain, malgré ses difficultés émotives, et ses limites physiques ou intellectuelles.  Le dossier médical et la photo du bébé où il arbore un large sourire ne garantissent pas tout, pas plus que l’amour inconditionnel n’arrange tout.  L’enfant arrive souvent avec une santé physique chancelante, une malnutrition pas possible, mais aussi des blessures invisibles, comme des atteintes neurobiologiques, des désordres de l’attachement, des peurs incroyables.  Certaines de ces blessures se répareront à force de patience et de tendresse, mais d’autres demeureront permanentes et nécessiteront des services spécialisés.

 

Il faut croire que si on lui en donne l’occasion, chaque être humain a le potentiel de s’épanouir jusqu’à la limite de ses forces et de ses faiblesses.  Mais il n’y a pas de garanties.  Comme tous les parents du monde, les parents adoptants ont une obligation de moyens et non de résultats. Ils doivent accepter d’accueillir l’enfant tel qu’il est, et faire ensuite l’impossible pour l’aider à mieux grandir.  Toutefois, en parentalité adoptive tout comme en parentalité biologique, il n’y a jamais d’assurance, il n’y a que la vie.

 

 


 

Petit bréviaire à l’intention de la famille adoptante

 

 

Qualités souhaitées 

 

·     Avoir de l’énergie physique, de la force morale, de la détermination.

·     Pouvoir s’adapter aux imprévus.

·     Avoir de l’optimisme, de la patience, de la tolérance.

·     Avoir une solide estime de soi, capable de contrer le jugement des autres.

·     Avoir un bon contrôle de l’impulsivité, de la colère.

·     Disposer d’un réseau pouvant offrir écoute, support et un peu de répit.

·     Avoir le sens de l’humour (pas obligatoire, mais très aidant).

·     Avoir une maturité et une autonomie affective.

·     Être capable de faire preuve d’empathie, de compassion.

·     Jouir d’une bonne santé physique et mentale.

·     Avoir une facilité à s’attacher et à s’engager avec les gens.

·     Avoir de la disponibilité; de l’amour pour les enfants, leur univers, leurs contradictions.

·     Avoir des valeurs solides, mais aussi une malléabilité de la pensée, une ouverture à l’ajustement.

·     Maintenir un équilibre personnel et émotif, malgré ou grâce aux épreuves de la vie.

·     Avoir fait le deuil de l’enfant biologique, mais pas le deuil de fonder une famille.

 

Capacités souhaitées

 

·     Être physiquement capable de toucher, de caresser, de soigner, de nourrir un petit être né d’un autre ventre, avec une autre peau, et des cheveux différents.

·     Être capable de vivre sous le regard des autres et d’aider son enfant à vivre lui aussi sous le regard des autres.

·     Être capable de se gratifier du geste de donner, sans attendre rien en retour.

·     Avoir une capacité d’aimer et de donner, mais aussi de prendre soin de soi.

·     Avoir la capacité de vivre avec la maladie, petite ou grande, temporaire ou permanente.

 

Attitudes souhaitées

 

·     Avoir un désir profond et très personnel de devenir parent.

·     Pouvoir se renseigner sur les risques en santé mentale et physique chez les enfants adoptés à l’étranger.

·     Faire du projet d’adoption et de l’accueil de l’enfant l’ultime priorité, mais pas la seule source de valorisation dans la vie.

·     Avoir le désir d’apprendre à son enfant, mais aussi l’humilité d’apprendre de son enfant.

·     Avoir une vision positive des différences.

·     Avoir une vision chaleureuse, mais aussi très encadrante de l’autorité parentale.

·     Avoir une ouverture pour parler à l’enfant de ses origines.

·     Avoir un respect, une certaine affection pour la culture du pays d’origine de l’enfant.

 

Connaissances souhaitées

 

·      Admettre que l’abandon et le vécu préadoption ont pu marquer la santé physique, mais aussi la santé mentale de l’enfant.

·     Être capable d’assumer le stress.

·     Avoir une bonne connaissance de ses forces et de ses faiblesses, pouvoir les nommer et en rire.

·     Connaître les phases du développement normal de l’enfant et les particularités des phases du développement chez les enfants adoptés.

·     Avoir une bonne connaissance des émotions liées au deuil.

·     Avoir parcouru ce livre au moins une fois !

 


 

Peu importe si les qualités et les capacités sont au rendez-vous, un des mythes les plus tenaces chez les non-initiés est celui qui consiste à croire qu’il est sincèrement possible d’aimer un enfant adopté, mais jamais aussi profondément que son propre enfant biologique.  Le mythe de la suprématie des liens du sang a la vie dure.  Les témoignages les plus sincères des parents adoptants qui essaient d’expliquer le contraire à des non-adoptants sont le plus souvent reçus avec complaisance et incrédulité.

 

Pourtant, de plus en plus de familles choisissent de fonder leur maisonnée à la fois avec des enfants « faits maison » et des enfants qu’ils adoptent.  D’autres encore adoptent après des complications médicales à la première grossesse ou se retrouvent enceintes, contre toute attente, après l’adoption ou pendant le processus.  Voici ce que dit la maman d’un enfant biologique et d’une autre petite, celle-là d’origine chinoise :  « Je peux au moins dire à mes deux enfants qu’ils ont tous deux été fabriqués en terre chinoise. »  Ces parents à voile et à vapeur nous assurent qu’il n’y a aucune différence dans la profondeur, la qualité et la quantité d’amour et d’engagement qu’ils éprouvent entre leurs enfants biologiques et leurs enfants par adoption. Plusieurs témoignent que le processus d’attachement n’avait pas opéré de la même manière, mais qu’une fois acquis, cet attachement devenait tout aussi solide et n’avait pas de couleur distinctive.  Mais dans un monde où la génétique a le haut du pavé, grande est cette solitude des parents appelés à fonder leur famille, essentiellement sur l’amour et le social.

 

 

Et comme épilogue

 

 

Grande également est parfois la solitude de ceux qui prennent soin de leurs enfants.  À un couple d’adoptants qui revenaient de Taiwan avec deux petites jumelles, il nous est arrivé d’être un peu laconiques :

 

- Vous ne trouvez pas que c’est beaucoup de travail d’en avoir deux sous les bras ? 

 

La réponse n’a pas été triste :

 

- On ne pouvait faire autrement.  Pensez-y, malgré leurs malchances, nos petites auront au moins le privilège d’entretenir des liens de sang.  Pour une famille, c’est important, les liens du sang…

 

 


Articles

>>Les qualités particulières
 
 
© Copyright 2002-2003, Le monde est ailleurs inc., Tous droits réservés