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MATURITÉ AFFECTIVE ET DÉROGATION À L’ENVERS  
Auteur: Johanne Lemieux, travailleuse sociale
Source : Extait de: "L'enfant adopté dans le monde en quinze chapitres et demi"
Éditeur : 2003
Date/pages : Les Éditions de l'Hôpital Sainte-Justine

Au Québec, devant la précocité de leur petit rejeton biologique, certains parents ont réclamé et obtenu le droit de déroger à la loi de l’instruction publique pour faire entrer leur enfant à l’école une année plus tôt que ne le prévoit la loi.  D’autres parents s’insurgeaient de faire attendre une année entière un enfant né à minuit et une minute le jour suivant la date prévue par l’autorité.  Toujours est-il qu’au Québec, un parent qui souhaite se prévaloir de ce « privilège » doit faire passer des tests psychométriques à son enfant par un psychologue compétent qui fera ou non une recommandation positive.  Une chose importante à savoir en matière de dérogation : le psychologue doit émettre une opinion non seulement sur les capacités cognitives de l’enfant, mais aussi sur son niveau de développement social et sa maturité.  On peut connaître tous les chiffres, réciter des fables de Lafontaine et écrire de jolis mots, tout en ayant encore besoin (et le droit) de jouer pour grandir.

 

Or, en matière d’adoption internationale, plusieurs études soulignent que par rapport à l’intégration des enfants à l’école, on observe de façon constante un écart marqué entre l’âge chronologique et le réel niveau de maturité affective.  Plusieurs enfants arrivent à l’école avec des capacités cognitives qui correspondent à leur âge chronologique, mais sans avoir l’équivalent au point de vue affectif.  Ils sont plus « bébés », plus immatures, plus enfantins dans leurs habiletés sociales, aiment mieux jouer qu’apprendre à lire ou à écrire.  Il n’est pas rare de voir une fillette de cinq ans et demi se comporter en classe comme une enfant de quatre ans, quand elle a été adoptée à l’âge de 16 mois.  Et il vaut mieux y voir rapidement, car une intégration scolaire difficile comporte ses risques en matière d’estime de soi.

 

Par le passé, certains parents se sont même résolus à demander aux tribunaux de changer la date de naissance pour éviter d’avoir à affronter la commission scolaire qui exigeait que leur enfant entre à l’école.  Alors au lieu d’en venir à ces extrêmes, certains parents encouragés par des intervenants qui s’y connaissent en adoption ont réussi à obtenir une évaluation de dérogation, mais à l’envers des prévisions de la loi.  L’évaluation indique alors que l’enfant a besoin d’une année supplémentaire pour gagner la maturité que son vécu en institution ne lui avait pas permis de déployer.  Même s’il n’existe pas encore d’études sur les impact positifs ou peut-être négatifs de cette pratique encore extrêmement marginale, il existe cependant une certaine « jurisprudence ».  En effet un petit programme mal connu avec un budget très maigre du ministère québécois de la Famille et de l’Enfance prévoit déjà une telle dérogation dans les cas de certains enfants handicapés ou pour un enfant qui aurait vécu une longue hospitalisation pour une maladie grave.  En faisant appel à ce programme, à l’aide de rapports médicaux et psychologiques, l’enfant peut bénéficier d’une année supplémentaire en milieu de garde et entrer normalement à la maternelle par la suite.  Cependant, il faut alors que les parents passent par des études et des méandres administratifs. 

 

Un jour, un papa exaspéré s’interrogeait :  « Est-ce trop demander au système scolaire que de redonner une année d’enfance à ma fille qui en a perdu trois en orphelinat en Chine ? »

 

 

 


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