De quoi hérite un enfant ? Qu’est ce qui est inné ? Quelle part de notre personnalité provient des facteurs génétiques ?
Cette question remonte à la nuit des temps ! Comment y répond- on aujourd’hui ?
La biologie et la génétique
La biologie et la génétique peuvent donner des réponses à des troubles du développement ou du comportement, en trouvant leur origine dans la présence - soit d’un désordre - soit d’une insuffisance génétique ou physique. Elles proposent d’ailleurs de nouvelles pistes en attribuant certaines maladies psychologiques à des gènes responsables restés silencieux pendant de nombreuses années. L’interaction avec les parents peut être ainsi perturbée par une altération, comme par exemple :
· Le syndrome de Lesh-Nyhan dont le gêne défectueux rend l’enfant extrêmement violent vis à vis des autres et de lui même
· Le syndrome de l’X fragile, altération génétique découverte récemment. C’est une arriération mentale qui provoque, entre autre, une grande difficulté de contact visuel et un trouble de l’expression de soi. Les enfants atteints s’expriment mal, mais depuis que l’on a découvert qu’ils comprennent bien, les troubles s’estompent parce que l’entourage adulte y répond mieux.
L’ignorance de la cause réelle de tels comportements, a pu – par exemple - amener des services sociaux à diagnostiquer à tort la maltraitance de la part des parents… Il faut néanmoins savoir que le bagage génétique ou la spécificité biologique de l’individu ne tient pas une si grande place dans la capacité d’attachement. La majorité des cas relatifs à des difficultés dans le comportement d’attachement sont le résultat d’une relation défaillante entre l’enfant et l’adulte responsable.
Il semble ainsi difficile de séparer l’inné de l’acquis. Car si nous héritons ainsi de traits fondamentaux qui vont former notre personnalité, c’est néanmoins par notre manière d’utiliser ce capital génétique - à travers des comportements découlant de notre environnement et des événements vécus - que l’enfant va se construire. Les recherches actuelles montrent que nous n’héritons pas de caractéristiques psychologiques toutes faites, telles l’intelligence, la mémoire, l’humour… mais des tendances que chaque enfant va alimenter à sa manière, selon son style de croissance propre, avec ses potentialités distinctes qui vont dépendre des perceptions particulières, du décodage que va en faire son cerveau selon les stimulations qu’il aura reçu depuis sa gestation. Ces tendances - ou ressources internes – ne sont pas immuables, car elles vont dépendre des expériences vécues par l’enfant au cours de son développement, sous l’impulsion donnée par le passage des différents stades de développement.
Le trait tempéramental
Les considérations biologiques et génétiques ont une forte influence sur le tempérament qui est un aspect de la compétence sociale. Mais c’est aussi sur le caractère - un autre aspect de cette compétence - que l’histoire transmise par sa lignée (héritage de valeurs et de style d’éducation) aura un fort impact. Le trait tempéramental est donc une compétence sociale qui s’imprimera chez l’enfant selon la nature du tissage de son histoire, ce qu’il en fera, comment il la modèlera. Cette notion est importante à retenir pour les parents adoptifs qui craignent que l’héritage transmis par les parents biologiques marque définitivement de son empreinte le tempérament et le caractère de l’enfant.
Selon Chess et Thomas, le tempérament qui peut être observé dès les premiers mois de vie comprend neuf traits :
Tableau des traits principaux définissant le tempérament
selon Chess et Thomas :
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1 |
niveau d’activité
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Certains sont très énergiques, d’autres plus calmes et moins actifs. |
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2 |
rythmicité des fonctions biologiques |
Sommeil,selles,alimentation(régularité/durée/quantité): fonctions qui peuvent être bien programmées chez certains, et qui seront imprévisibles pour d’autres.
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3 |
capacité d’adaptation |
Facilité avec laquelle l’enfant s’ajuste à une nouvelle situation ð degré d’acceptation des changements de lieux et d’habitudes.
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4 |
réaction devant un nouveau stimulus
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Attitude d’approche ou de retrait : désir d’exploration plus ou moins développé.
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5 |
seuil de réaction |
Niveau d’intensité nécessaire pour qu’un stimulus provoque une réponse chez l’enfant.
Ex. : - sensibilité des sens
- sensibilité à la douleur
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6 |
intensité des réactions émotionnelles |
Est en rapport avec l’énergie de l’enfant : comment exprime t-il ses émotions ? de façon virulente ou discrète ?
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7 |
qualité générale de l’humeur |
Quel est le comportement prédominant de l’enfant ? Agréable/désagréable
Joyeux/triste
Amical/inamical ?
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8 |
tendance à la distraction |
Certains sont très facilement perturbés, d’autres ne sont distraits que si la stimulation extérieure est forte.
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9 |
capacité d’attention et de persistance |
Certains bébés sont comme hypnotisés pendant un long moment par ce qu’ils font ou regardent. D’autres ont une capacité d’attention réduite et le moindre obstacle les fera rapidement changer d’activité.
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Un enfant ne peut toutefois être identifié à une seule catégorie : totalement facile ou totalement difficile ; les tendances pourront se montrer différentes d’un trait à l’autre.
Faire connaissance
Faire connaissance avec un enfant se fait progressivement, qu’il soit issu de sa chair ou adopté. Mais dans le cas d’une adoption, il faudra que la famille adoptive fournisse d’avantage d’efforts pour découvrir et comprendre le tempérament de son enfant :
· En osant prendre sa place : « nous sommes tes parents, et nous allons nous occuper de toi avec amour et autorité, pour que tu puisses avoir confiance en nous »
· En mettant de côté l’angoisse de ne pas connaître son passé y compris l’expérience intra-utérine
· En ayant néanmoins conscience que cette pré-histoire et histoire a une influence sur son comportement actuel
· En investissant leur énergie dans la compréhension des rythmes, des réactions et du comportement personnel de l’enfant
...En ne cherchant pas "la perfection", ni chez l'enfant, ni dans leur fonction parentale, mais en apprenant ensemble à développer un langage commun.
Références
1.article de V. HURNI, (in) Journal ARAM (Association romande des assistantes médicales), dossier spécial X-Fragile, mars 2001
2.D.HOWE, Attachment Theory for Social Work Practice, Ed. Macmillan, Londres, 1995
3.BRUNNER/MAZEL, Temperament and Development, New York , 1977 (in) Un enfant à découvrir, F.FERLAND, Ed. Hôpital Ste Justine, Université de Montréal, 2001, p.56 |