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DE L'ATTACHEMENT À LA PERSONNALITÉ  
Auteur: Marielle Sulmoni, assistante sociale, Suisse
Source : Extrait de " Les troubles de l'attachement : les comprendre, les repérer... les dépasser"
Éditeur : Mémoire de fin d'études HES, École d'Etudes Sociales et Pédagogiques de Lausanne, Suisse
Date/pages : 2002
Référence externe : mailto:marielle.sulmoni@bluewind.ch

Beaucoup d’ouvrages présentent le développement physique,  cognitif et intellectuel de l’enfant. Ces connaissances de base sont certes nécessaires pour suivre et accompagner un enfant dans son évolution. Mais il ne faut pas oublier de les relier à ce qui fait la singularité de chaque individu, de chaque rencontre. La pré-histoire et l’histoire de l’enfant influence cette relation. Parler de tempérament nécessite donc de lier la biologie à l’histoire. Ce que Boris Cyrulnik illustre en reprenant la phrase d’un confrère:

 

 « Faire naître un enfant ne suffit pas, il faut aussi le mettre au  monde ».

 

Le  faire naître biologiquement, et le mettre au monde par les circuits sensoriels placés autour de lui par les adultes. Il explique que le système comportemental et affectif de l’enfant « est organisé par tous les partenaires de l’interaction».

 

On sait aujourd’hui que « la personnalité est le fruit de constantes et subtiles corrélations entre les gènes et l’environnement. Jusqu’ici, la psychologie s’était surtout intéressée à l’emprise exercée par le milieu sur l’individu. Il faudra désormais compter avec un champ d’études élargi tenant compte du fait que l’enfant, de par ses caractéristiques innées (physiques et psychiques), suscite certaines réponses de son environnement familial…dont les réactions, à leur tour, influenceront sa manière d’être ». Sous la forme - en quelque sorte – d’une spirale interactionnelle mise en place par le fœtus puis le nourrisson sensibilisé dès le départ à certains évènements sensoriels. Le développement de l’enfant se fera ainsi de manière préférentielle, et sa manière de réagir au monde qui l’entoure provoquera des réactions différentes chez les personnes qui s’occupent de lui.

 

La première ébauche du mode d’interaction - ou style relationnel - qui va s’instaurer entre l’adulte et l’enfant dépendra donc de cette double influence :

 

Réponse de la base de sécurité parentale + pulsion génétique de l’enfant.

 

L’attachement dépendra ainsi du système comportemental organisé par tous les partenaires de l’interaction, « chacun en s’ajustant à l’autre, donnera à la famille son étonnante individualité».

 

L’environnement a bien des effets sur le développement de l’enfant. Boris Cyrulnik dit d’ailleurs :

 

« Une bonne partie des déficits précoces peuvent être comblés si l’environnement change vers le mieux ».

 

C’est ce que l’on peut espérer pour un enfant arrivant par adoption dans sa nouvelle famille. Ainsi, quelque soit le mode de filiation, l’éducation culturelle des parents et le mode d’éducation transmis à l’enfant, le style parental induit le climat familial et  aura une influence sur la construction de sa personnalité, de son développement et de son comportement social.

 

Mais c’est aussi à travers les représentations de chacun des parents, leur regard et leurs attentes que va émerger leur attitude singulière envers l’enfant. Car ce qui s’imprègne dans l’enfant, c’est le couple parental, la manière dont les deux conjuguent leurs mondes psychique, et qui va déboucher sur un style familial unique, leur personnalité et la qualité de leur relation entre conjoints produisant un environnement social et des modèles relationnels particuliers.

 

Pour favoriser l’échange, il est donc non seulement nécessaire d’apprendre à connaître son enfant, mais également d’avoir conscience de la façon dont on se comporte soi-même lorsqu’il s’agit de s’investir dans une relation affective profonde; de connaître le scénario de sa propre histoire familiale et comprendre les traces qui ont été imprimées pour pouvoir agir dessus, en tenant compte :

 

du type de relation qui relie chacun des parents à ses propres parents

 

de l’histoire de la formation du couple avant, pendant et après l’arrivée de l’enfant.

 

La transmission des modèles de relations et des expériences d’attachement au fil des générations passe par la reproduction de ces expériences de l’enfance avec les générations suivantes. Les recherches montrent que sont transmis tant les continuités que les ruptures. Mais elles disent aussi que ces transmissions ne sont pas inévitables, car il faut compter sur la capacité de certains enfants à faire face à l’adversité et à briser ce phénomène de reproductions.

 

John Bowlby parlait bien de l’importance de l’environnement sur le développement de la personnalité de l’enfant, particulièrement la manière dont ses parents (ou substituts) s’occupaient de lui en répondant à ses besoins. Mary Main et ses collègues ont conçu un outil permettant d’estimer l’influence des parents sur la personnalité que ces adultes ont développée, et sur la qualité d’attachement qu’ils ont pu par la suite établir avec leurs propres enfants. Ces adultes interviewées avec l’outil l’AAI ont été classés en quatre modalités, selon leur sécurité d’attachement et les stratégies auxquelles ils ont eu recours:

 

Les sécures-autonomes correspondant à la catégorie B des enfants, les détachées à la catégorie A, les préoccupées à la catégorie C, les  désorganisées à la catégorie D. 

 

A sa suite, la chercheuse britannique Patricia Crittenden a classé en 1988 ces types de comportement en cinq catégories, chacun étant relié en  amont au type de réponse de la mère et en aval au comportement de l’enfant. Ces études, comme celles de Fonagy (1996), laissent entendre que le parent transmet à son enfant son propre style d’attachement. D’autres recherches allant dans ce sens, se sont penchées sur la question de la qualité de la tonalité affective dans les relations entre parents et enfants, mais aussi entre les partenaires adultes (Sroufe 1989), (Fivaz-Depeursinge 2001). Elles ont permis de relever combien des éléments tels que  flexibilité et tolérance (particulièrement en cas de désaccord ou de conflit), ouverture d’esprit, adaptabilité, support mutuel, aptitude à communiquer, étaient des qualités personnelles qui sans aucun doute, favorisaient la sociabilité des parents. Et que cette confiance retransmise à l’enfant lui léguait un bagage solide pour affronter la vie.

 

Il apparaît ainsi nécessaire que les parents prennent en compte ce qui, dans l’interaction avec leur enfant, relève de leur propre comportement et de leur propre type d’attachement.

 

Si ces qualités personnelles indiqueront un style relationnel, le type d’éducation utilisé pour encadrer l’enfant va aussi avoir un impact sur cette relation. Le(s) parent(s) de référence doivent apporter à l’enfant à la fois protection et stimulation, car l’un sans l’autre ne suffit pas pour qu’il puisse grandir émotionnellement, physiquement, socialement, et intellectuellement. Chaque parent, individuellement et dans sa relation de couple, tentera donc d’offrir - à sa manière - ces fondements à son enfant, à travers un style éducatif. Ce qui explique la multitude de variations sur le style d’éducation donnée dans les familles. Comme l’explique le Dr S.Greenspan, « le parent idéal n’existe pas, et il est donc préférable de connaître ses propres prédispositions plutôt que de les ignorer» puisqu’elles auront une influence sur le type de réponse, donc d’éducation que les parents appliqueront avec leur enfant.

 

Cette influence sur la formation de la personnalité de l’enfant a été démontrée par de nombreuses recherches récentes ayant pour objet le champ de l’éducation familiale. Elles doivent néanmoins tenir compte du fait que d’autres facteurs sont susceptibles d’interférer. Comme par exemple le fait que les réponses parentales sont également soumises à une évolution, un cycle en perpétuel mouvement dépendant du contexte du moment et des circonstances, de leur propre maturation en parallèle au stade de maturation de l’enfant. Cette capacité d’adaptation fait dire là encore que rien n’est définitivement figé.

 

Quels sont ces styles d’éducation, et quels peuvent être leur impact sur l’enfant ? Pour répondre à cela, voici une recherche qui établit quatre types majeurs de discipline :

 

Le style autoritaire 

 

où l’on retrouve beaucoup de discipline et d’exigences, mais peu d’affection et de communication.

 

Les enfants élevés sous ce style font en général preuve de :

 

moins d’habileté dans leurs interactions  avec leurs pairs

d’une faible estime de soi

timidité/réserve

- d’agressivité, ou des signes de manque de maîtrise si les parents sont non seulement autoritaires, mais aussi ne font pas preuve d’adresse pour faire respecter les limites ou les règles qu’ils ont posées.

Le style permissif 

 

empreint d’affection mais comprenant peu d’exigences, peu de discipline et peu de communication.

 

Ce style présente aussi des aspects négatifs :

 

résultats scolaires plus faibles pendant l’adolescence

sont en général plus agressifs (surtout si les parents sont plus permissifs à l’égard de l’agressivité)

manquent de maturité dans leurs comportements avec les pairs et à l’école

-  assument moins de responsabilités   et se montrent moins indépendants.

 

Le style désengagé ou indifférent

 

que les recherches actuelles présentent comme le plus dommageable des quatre.

 

La non disponibilité du parent (la figure principale d’attachement) induit un attachement insécurisant qui va se reproduire dans ses relations futures.

 

Ces enfants issus de familles désengagées sont plus impulsifs et antisociaux, moins compétents dans leurs interactions avec leurs pairs et beaucoup moins préoccupés par la réussite scolaire.

 

 Le style démocratique

 

où l’on retrouve une bonne dose de ces quatre dimensions. C’est dans ce style que les résultats sont le plus souvent positifs,   le champs sensoriel composé autour de l’enfant tutorisant ses développements :

 

Les parents font preuve d’un niveau élevé de discipline et de chaleur.

Ils posent des limites claires.

Ils répondent aux besoins individuels de l’enfant.

 

Les bénéfices pour l’enfant sont :

 

meilleure estime de soi à ils ont confiance en eux et obtiennent donc de meilleurs résultats scolaires, sont plus indépendants, mais aussi plus enclins à se soumettre aux demandes de leurs parents. Ils adoptent des comportements altruistes.

 

 

D’autres paramètres entrent également en ligne de compte au fur et à mesure que l’enfant grandit. Il s’agit :

 

Des lieux extérieurs à la famille où l’enfant se rend régulièrement tels que la garderie, l’école…

 

De la rencontre avec ses pairs.

 

A travers ses travaux de recherche et d’études, Hubert Montagner s’est attaché à démontrer leur importance. Les stratégies d’attachement de l’enfant dépendent d’autres facteurs tels que :

 

Le rôle spécifique du père

 

Les conditions socio-économiques

 

Les traditions culturelles.

 

Il s’agit donc de ne pas oublier l’influence de ces différents facteurs, notamment l’environnement social dans lequel l’enfant évolue. Mais une autre notion intervient également pour nous rappeler qu’un tempérament est évolutif : c’est le processus de maturation.

 

Références

 

1.M.-P. DARU, Collège méditerranéen des libertés, Toulon, 1999 (in) Les Vilains petits canards,  B.CYRULNIK, p. 50

2.B.CYRULNIK, Les vilains petits canards, Ed. O. Jacob,  2001, p. 70

3.M.TSCHUI, journal Fémina du 12.03.00 La faute aux parents ?  Et moi, et moi, et moi… 

4.B.CYRULNIK, Les vilains petits canards, , Ed. O. Jacob,  2001, p.71

5.B.CYRULNIK, Les vilains petits canards, , Ed. O. Jacob,  2001, p.145

6.Adult Attachment Interview

7.R.MILJKOVITCH, L’attachement au cours de la vie , Ed. Puf Le fil rouge, 2001, p.101

8.Classement de l’ensemble des attitudes reflétant le style d’attachement de l’enfant :  Cf chapitre 1.3.6 : les styles d’attachement

9.Classification (in) Attachement theory for social work practice, p.194

10.(in) Attachement theory for social work pratice, p.194

11.S.GREENSPAN, le développement affectif de l’enfant, Ed. Payot, 1986, p.46

12.D.BAUMRIND (1973) et BELL (1982) , E.MACCOBY-J.MARTIN (1983), recherches (in) Psychologie du développement, H.BEE, Ed.De Boek Université, 1997 p.153

13.R.MIJKOVITCH, L’attachement au cours de la vie, Ed. Puf Le fil rouge, Paris, 2001, p.88

 


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