Le bébé adopté contient du plomb. Mais à ce chapitre il n’est pas le seul: l’écolier new-yorkais contient du plomb, de même que le petit Montréalais et le petit Parisien. En fait, le danger lié au plomb qui encrasse l’organisme de l’enfant en croissance est affaire de proportions et de circonstances.
Actuellement, l’intoxication par le plomb est plus fréquente chez l’enfant élevé dans les pays en développement que chez celui des grandes zones industrielles du Nord ou de l’Ouest. Ainsi, l’enfant adopté n’est pas épargné. Le problème n’est pas majeur, loin de là, mais il mérite d’être souligné.
L’expression consacrée “avoir du plomb dans la tête” décrit moins bien le problème appréhendé que l’expression apparentée “avoir du plomb dans l’aile”. De fait, le plomb absorbé par l’organisme n’est pas favorable au développement de divers organes.
Les études menées au cours des dernières années ont permis de prouver que le fœtus et le jeune enfant en croissance étaient particulièrement sensibles aux effets délétères du plomb. Le plomb interfère avec le processus de formation des globules rouges et provoque ainsi une anémie semblable à celle que cause une malnutrition sévère. Il entraîne une affection chronique des reins et du tube digestif, et souvent de la constipation. Enfin, le plomb risque de s’attaquer directement au cerveau et à tout le développement du système nerveux. Les enfants gorgés de plomb sont lents sur le plan moteur et intellectuel. Ils présentent des troubles d’apprentissage et de comportement. Dans plusieurs villages de Roumanie, le diagnostic est probant. Il saute aux yeux: il suffit de voir ces enfants noircis aller au ralenti… Ailleurs, le diagnostic est plus subtil, moins frappant.
Au-dessus d’un certain dosage sanguin, les effets néfastes du plomb sont évidents et une prise en charge médicale est impérative. À des titres sanguins moins élevés, les effets pervers sur le développement psychomoteur sont moins importants, mais ils existent. En fait, plusieurs chercheurs croient qu’il n’y a pas de seuil réel à la toxicité du plomb chez le jeune enfant. La moindre dose est toxique: le taux sanguin naturel devrait être nul.
Des données en provenance des États-Unis ont rapporté, chez des enfants venus de la Fédération de Russie et de Chine, des plombémies trop élevées par rapport à la norme de plomb sanguin acceptée en Amérique du Nord. Par contre, on n’a pas pu établir de liens directs, chez ces enfants adoptés, entre ces plombémies et des retards d’apprentissage. La source de contamination ayant été laissée loin derrière, dans le pays d’origine, on s’est évité un excès d’inquiétudes. Cependant, comme les Américains semblaient extrêmement préoccupés par ce problème, nous avons procédé – à l’Hôpital Sainte-Justine – à des milliers de dépistages routiniers qui se sont quasiment tous avérés négatifs. Voilà, pour l’instant, une bonne nouvelle pour les parents, ce qui ne nous empêche pas de continuer à chercher, question d’élucider des petites histoires cliniques plus obscures et de prévenir les coups.
Au Canada, on recommande un dépistage seulement chez les enfants à risque élevé. Les Centers for Disease Control and Prevention et l'American Academy of pediatrics recommandent un dépistage systématique chez tous les enfants âgés de un à deux ans, ainsi qu'un dépistage chez les adultes à risque.
Il peut donc être opportun de dépister pour l’intoxication au plomb tous les enfants venus au Québec par adoption internationale, mais il n’existe pas de données validées sur la question. À la clinique de santé internationale du CHU sainte-Justine, le dépistage n’est donc plus effectué d’office. Il apparaît par ailleurs impératif de dépister tous les enfants qui présentent un retard développemental ou des apprentissages plus difficiles à expliquer. Ainsi donc, que ce soit au bilan d’accueil ou par la suite, la plombémie peut être considérée comme un élément pertinent, mais facultatif de l’investigation. Il en ira peut-être un jour autrement.
Référence
Centers for Disease Control and Prevention. National Center for Environmental Health - Lead poisoning, CDC
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