L'histoire d'Anne-Kim


Nouvellement arrivée de Chine la petite Anne-Kim, 22 mois, est assise dans sa nouvelle chaise haute, face à ses deux nouveaux ...

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LES REPAS DIFFICILES  
Auteur: Johanne Lemieux, travailleuse sociale et Jean-François Chicoine, pédiatre
Source : Extrait de: "L’enfant adopté dans le monde en quinze chapitres et demi "
Éditeur : Les Éditions de l’Hôpital Ste-Justine, Québec, Canada
Date/pages : 2003

L’alimentation est porteuse de beaucoup d’émotions. Une petite haïtienne atteinte de Kwashiorkor pourrait se retrouver deux ans après son arrivée au-delà du 95 ième percentile de poids. À questionner ses parents, on apprendrait qu’elle cache de la nourriture sous son lit. Un enfant qui a un comportement de suralimentation peut ne pas avoir créé un lien de confiance assez solide. Il a peur d’avoir faim comme il a eut faim auparavant. Il ne sait pas et ne sent pas encore que sa nouvelle maman sera maintenant là pour toujours. Il faut le lui rappeler, doucement, en prenant le temps de lui montrer régulièrement le frigo plein de lait et de nourriture, en l’amenant au marché, en lui demandant graduellement, et très doucement, d’arrêter de pleurer s’il a si faim, puisque de toute manière, il aura à manger.

Le contraire peut aussi se produire et  un enfant peut refuser de s’alimenter. Il a toutes les raisons de vivre une petite dépression passagère, le deuil d’une personne significative. Il faut alors être patient et très doux. On peut l’aider à faire ce deuil en lui disant que l’on comprend qu’il est triste, confus, qu’il s’ennuie de sa nounou, de sa mère biologique ou de la maman d’accueil, que c’est normal, mais qu’il faut quand même manger. Les symptômes peuvent toutefois s’envenimer et se prolonger bien au-delà de la période d’adaptation. Il faut alors consulter, une dépression réelle s’est peut être installée.

Parmi les moments difficiles, il faut aussi, et certainement souligner celui ci : l’enfant mange bien avec tout le monde, sauf lorsque c’est maman qui essaie de lui donner le biberon ou la purée. La maman se sent alors rejetée, maladroite et incompétente. Il faut beaucoup de courage et de maturité pour une nouvelle maman adoptive qui espère depuis si longtemps aimer, et être aimé d’un enfant, pour ne pas prendre ombrage d’une situation pareille. Avant que l’attachement soit bien ancré, la nouvelle maman devient ainsi investi des bonnes et des mauvaises relations que l’enfant aura eu avec les autres femmes avant elle. Elle doit donc absolument comprendre que ce n’est fort probablement pas sa façon de faire ou d’agir qui est à l’origine de la fermeture de l’enfant. Son estime d’elle-même n’a pas à se fragiliser : l’enfant finirait par le ressentir et se braquer au-delà de toutes communes mesure. Il risque d'avoir peur de s’attacher à une maman qui commence à avoir un air un peu étrange tellement cela l’atteint émotivement.

Il faut donc faire preuve d’humour et de patience. Pourquoi pas dire à l’enfant : «Je sais, je sais, il faut se donner du temps ! Finalement on ne se connaît pas beaucoup, comment pourrais-tu avoir totalement confiance en moi ? Mais on va essayer d’y arriver ensemble, petit à petit, qu’en penses-tu ?"

 


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