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LA PROPRETÉ DIFFICILE  
Auteur: Jean-François Chicoine, pédiatre
Source : Extrait de:"L’enfant adopté dans le monde en quinze chapitres et demi"
Éditeur : Les Éditions de l’Hôpital Ste-Justine, Québec, Canada
Date/pages : 2003

Pss, pss,pss….Ch,ch,ch ,prescript la technique vietnamienne… Dès son jeune âge, la nounou vietnamienne, par exemple, va inciter l’enfant à uriner dans un pot en susurrant un petit psss du bout des lèvres, et à faire son caca quand le besoin se fait sentir en accompagnant l’émission de ses selles par un chchch bien martelé. Bien que cette éducation hâtive paraisse paradisiaque au parent adoptant désireux d’éviter les contraintes du pipi caca, il est bon de revoir la question.

Un couple d’adoptants ayant réalisé l’adoption de deux jumeaux en Asie du Sud-est a tenté l’expérience pour nous permettre de réévaluer nos positions. Les bébés de 10 mois étant tous deux bien propres. Les parents ont continué la technique du psss et du chchch chez l’un et remis l’autre aux couches pour ultimement s’apercevoir que les habitudes sociales de la famille, au magasin ou en party, s’harmonisaient beaucoup mieux avec un bébé qui avait le loisir de faire dans sa petite culotte qu’avec son jumeau dont les sphincters tyrannisaient le programme de la journée.

Tous les enfants adoptés n’ont cependant pas été chouchoutés par une nourrice. La plupart d’entre eux feront donc, après l’adoption, l’apprentissage de la propreté à leur rythme, selon les démarches occidentales proposées par les fameux pédiatres Benjamin Spock et T.B. Brazelton. Une bonne coordination des mouvements, la capacité de marcher jusqu’au petit pot, un désir de plaire et une grande volonté d’indépendance sont autant de signes avant-coureurs capables d’indiquer la réceptivité de l’enfant. À partir de ses 18 mois ou de ses deux ans, une observation patiente de son rythme biologique aura permis aux parents de connaître le moment approximatif de la journée où l’enfant a ses selles. C’est donc à ce moment qu’on pourra inviter l’enfant à s’asseoir sur le pot. Au départ, on encourage l’enfant à s’y asseoir tout habillé. Plus tard, l’enfant pourra être conduit au petit pot quelques fois par jour pour quelques minutes, mais désormais sans couche. On prend soin de féliciter l’enfant pour son chef d’œuvre. En l’absence de résultat, le forcer ne sert à rien, au contraire. Les batailles pour la propreté détériorent la relation du parent avec l’enfant. Une malnutrition, un retard moteur ou langagier, un manque d’encadrement antérieur, enfin le stress inracontable qu’il a vécu, vont conduire l’enfant adopté à réaliser plus tardivement que d’autres l’apprentissage de la propreté.

Devant l’échec, selon son contexte d’abandon, son état de santé et la volonté de l’enfant à aller de l’avant, les parents pourront réinitier le processus aux 1 à 3 mois. Si des tentatives répétées échouent ou si l’enfant a plus de 4 ans, il s’avère alors nécessaire de consulter le pédiatre.

Étonnamment, la constipation peut compliquer le passage de l’enfant à la propreté. Chez l’enfant adopté, cette constipation peut être davantage causée par l’utilisation de couches chez un bébé qui, malgré son jeune age, avait déjà acquis l’apprentissage de la propreté. Ce n’est pas une situation rare en adoption internationale : l’enfant propre remis aux couches qui deviendra un peu perplexe d’avoir à redevenir propre par la suite selon les us et coutumes de son pays d’accueil. » Décidez-vous ! »,serait-il en droit de dire. Des médicaments émollients pour les selles, des recommandations pratiques du médecin traitant viennent néanmoins à bout des situations les plus désespérantes, ou presque. Certains troubles de développement, surtout chez les garçons vont entraîner une réelle constipation chronique qui peut entraîner de l’encoprésie. La rétention chronique des selles entraîne alors une surdistension du rectum et une perte de sensibilité du sphincter. Chez ces enfants de 4 ans ou plus, le problème risque de mener à des conflits familiaux et à nuire, une fois encore, au développement pourtant si précieux de la confiance en soi.

 


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