Fanny Cohen


Psychanalyste et pédopsychiatre, Fanny Cohen a longtemps dirigé l’organisme agréé pour l’adoption de Médecins du Monde. Elle ...

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PARMI LES IDÉES REÇUES : L’ADOPTION EST UN ACTE DE GÉNÉROSITÉ  
Auteur: Fanny Cohen Herlem, pédopsychiatre, France
Source : Extrait de: "L’adoption"
Éditeur : Collection Idées reçues, Le Cavalier Bleu, France
Date/pages : 2002
Référence externe : http://www.lecavalierbleu.com/idees_recues/Adoption.html

« Quel bel acte vous avez fait là ! » s’entendent parfois dire les parents adoptants, ce qu’ils n’apprécient pas toujours…

L’adoption est essentiellement motivée par l’impossibilité d’avoir des enfants soi-même. Mais que dire, que penser, dans les autres cas ? Pourquoi adopter quand on a déjà des enfants, quand on n’est pas stérile ?

Les couples ou les personnes seules évoquent toujours à un moment de leur parcours, selon la formule consacrée, leur « souhait de donner une famille à un enfant qui n’en a pas » De cette façon, ils se proposent, sans forcément en être conscients, de combler leur manque en comblant également celui d’un enfant. Bel échange s’il en est, mais porteur de bien des aléas, car l’attente peut ne pas être tout à fait la même de part et d’autre.

Nous savons tous que, dans le monde, des enfants souffrent… La baisse de la natalité dans les pays les plus avancés, associée à une prise de conscience, a fait des enfants un bien précieux. Le sentiment d’injustice devant les enfants abandonnés, les enfants malades, ceux qui travaillent, les enfants soldats, les enfants instrumentalisés et maltraités grandit et se propage.

L’adoption apparaît alors à certains comme une participation, à leur échelle, à une remise en ordre du monde. Acte symbolique certes, mais pourquoi pas ? Cet aspect humaniste n’est pas négligeable, il ne peut ni ne doit néanmoins être le seul dans l’acte d’adopter. Adopter un enfant d’ailleurs est, pour d’autres, une façon de concrétiser leur désir d’ouverture au monde, une acceptation intime de la différence, une certitude d’enrichissement mutuel…

Mais adopter un enfant, c’est avant tout construire une famille ou agrandir une famille déjà existante. C’est aussi satisfaire un désir en réalisant d’une autre façon le projet inhérent à chacun de transmettre son nom, son patrimoine génétique, ce qu’il a reçu. Une adoption qui ne serait qu’un acte « humaniste » ou « de générosité » ferait courir le risque, aux adoptants comme à l’adopté, de la déception réciproque. Car un enfant n’est pas une « idée ». Quand il est là, il apporte avec lui son histoire, son caractère, ses émotions et il peut ne pas toujours répondre à ce qu’on attend de lui… Il n’est pas reconnaissant, ni aimant d’emblée, il peut refuser ce qu’on lui offre, il peut avoir peur, ou demander encore plus.

Certains parents, non suffisamment avertis, se voient accueillir un enfant qui refuse les câlins qu’on lui donne, qui ne veut pas d’emblée se plier aux règles de vie communes, qui fait des colères inexpliquées, mettant ainsi à l’épreuve un lien commençant tout juste à se tisser… Alors, ils souffrent et ne comprennent pas. Eux qui sont en attente d’amour réciproque en sont privés. Et cette privation, si elle n’est pas expliquée, si les parents ne trouvent pas d’oreille attentive pour en parler, peut compromettre le devenir de cette relation.

Pas plus qu’un enfant « fait maison », un enfant adopté ne doit de reconnaissance à ses parents parce qu’ils l’élèvent, l’éduquent et parce qu’ils lui donnent ce dont il a besoin. C’est le rôle élémentaire et la fonction de tous les parents.

Quand tout va bien, aucune question ne se pose sur la légitimité du geste accompli, sur la réflexion qui y a mené, sur les raisons du choix d’adopter. Mais quand les problèmes surgissent, les motivations conscientes et inconscientes sont questionnées. Si l’adoption a été faite essentiellement dans un but humanitaire ou avec le sentiment de sa propre générosité, on peut imaginer les difficultés qui s’en suivront, car les parents, ne se percevant pas comme de « bons parents », ne sont pas gratifiés comme ils pensaient devoir légitimement l’être… (« Avec tout ce que nous avons fait pour lui ! »). Quant à l’enfant, il sent bien qu’il n’est pas « satisfaisant » pour ses parents, tel qu’il est, avec ses difficultés momentanées ou non. Il a donc d’autant plus de mal à s’intégrer dans sa nouvelle filiation. Il peut se sentir culpabilisé de décevoir ses parents adoptifs et se déprimer ou se révolter.

Un cercle vicieux peut alors s’installer. L’enfant, dans sa dépression ou sa révolte, s’éloigne de ses parents, coupe le contact, agit parfois de façon violente. Ceci conduit ses parents à douter de leurs capacités parentales, et ne supportant pas cette remise en cause, ils s’interrogent sur le bien-fondé de l’adoption, qu’ils en viennent parfois à regretter. L’enfant, percevant ou entendant cela, s’enfonce en retour dans ses symptômes. Il faut rapidement sortir de ce cercle pour que la relation parents/enfant se redéfinisse en dehors de toute attente narcissique parentale. Quand on adopte un enfant, il ne peut y avoir, pas plus que pour un enfant naturel, de « retour sur investissement ».

La générosité ne se manifeste pas par le seul fait d’adopter un enfant. C’est la disposition intérieure qui fait accepter l’autre tel qu’il est, avec ses manques, ses défauts, ses qualités, ce que l’on ignore de lui et que l’on découvrira peut-être. C’est d’avoir pour principal projet de l’aider à développer toutes ses potentialités en lui offrant de l’amour et un toit, certes, mais aussi un regard et une oreille attentifs, dénués de tous préjugés, sans attente excessive à son endroit.

 


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