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L’INTERVENTION PSYCHOSOCIALE EN PRÉADOPTION  
Auteur: Johanne Lemieux, travailleuse sociale
Source : Extrait de:"L'enfant adopté dans le monde en quinze chapitres et demi"
Éditeur : Les Éditions de l’Hôpital Ste-Justine
Date/pages : 2003

En décrochant le téléphone de son bureau de consultation,
la travailleuse sociale entend :

 

— Bonjour, on m’a dit que vous connaissiez bien l’adoption internationale ?

 

— Oui, répond l’intervenante.

 

— Eh bien, mon épouse et moi voulons adopter un enfant, peu importe le pays, le sexe ou la couleur, mais on veut savoir où on peut en avoir un le plus rapidement possible, le plus jeune et le moins cher possible ?

 

Comme à de multiples reprises dans sa vie professionnelle, la travailleuse sociale prend alors le temps d’expliquer et de surprendre ces futurs parents en leur apprenant qu’ils devront prendre en considération bien d’autres critères et réalités avant d’arrêter leur projet d’adoption sur un organisme ou une œuvre capable de servir leur demande.  Dans son for intérieur, elle n’en pense pas moins :

 

— Est-ce possible que nous en soyons arrivés là ?

 

 

L’évaluation psychosociale (ou agrément) fait vivre beaucoup d’anxiété aux futurs parents adoptants.  Certains comprennent l’importance de fournir une description honnête et ils acceptent volontiers cette étape, stressante mais nécessaire.  Cependant, d’autres s’insurgent, y voyant une intrusion dans leur vie privée, une ingérence inconvenante.  Pire encore, ils croient que des résultats potentiellement arbitraires peuvent mettre en péril leur projet d’enfant. « Personne n’interroge les couples qui ont un enfant de leur chair et de leur sang », clament-ils.  Cela est vrai.  Mais l’enfant adopté, lui, a déjà une histoire de vie fragilisée, il faut donc s’assurer de trouver une famille qui répondra aux besoins de l’enfant et non de trouver un enfant à une famille qui n’en a pas.  L’adoption n’est pas un droit, c’est un privilège.

 

Au Québec, seuls les membres en règle de l’Ordre professionnel des travailleurs sociaux ou de l’Ordre des psychologues du Québec peuvent effectuer le travail d’évaluation psychosociale dont le rapport écrit sera vérifié et signé par une autorité des « centres-jeunesse » où l’adoption finale sera ultimement prononcée.  En France, l’agrément relève de l’Aide à l’Enfance.  L’agrément peut être fait en totalité ou en partie par des psychologues, des travailleurs sociaux ou par des psychiatres.

 

Mais qu’est-ce que tous ces « psys » évaluent, au juste ? Comment s’assurent-ils que les postulants peuvent réellement répondre aux besoins physiques, psychiques et sociaux de l’enfant ? Autant de questions vagues et angoissantes qui ont incité des associations de parents adoptants au Québec à exiger que les critères de base soient unifiés et préalablement remis aux postulants à l’adoption. 

 

Un processus d’évaluation psychosociale consiste en une série d’entrevues individuelles, en couple et en famille le cas échéant.  Ces entrevues doivent être effectuées au domicile des postulants ainsi qu’au bureau du professionnel.  Au cours de ces rencontres, le professionnel doit vérifier les points suivants :

 

     Le cheminement vers un projet d’adoption et les motivations pour entreprendre ce projet. 

 

     L’histoire personnelle des postulants : une enfance malheureuse ou des difficultés personnelles ne sont pas automatiquement des raisons de refus.  Encore faut-il que la personne ait pris les moyens de les surmonter sereinement !

 

        La dynamique conjugale : amour, respect, stabilité, scénario de vie commun, habiletés de communications et de résolutions de problèmes ne sont pas des garanties absolues pour assurer l’épanouissement du couple, mais c’est un minimum nécessaire pour espérer devenir une équipe parentale efficace.

 

     Une description de la situation matérielle, sociale, organisationnelle et professionnelle des postulants.  Un enfant a le droit à un minimum de confort, de sécurité matérielle et, surtout, de la présence de ses parents, présence non seulement en qualité, mais aussi en quantité.

 

        Une description des capacités parentales ou du potentiel parental des postulants, afin d’effectuer un meilleur pairage ou apparentement avec l’enfant à venir. 

 

        L’impact de l’adoption sur le reste de la famille.  Les autres enfants ne doivent pas avoir la responsabilité de choisir ou non l’adoption d’un autre enfant, mais leurs réactions doivent être prises en compte.

 

         L’absence de problème de santé physique mentale, de troubles de personnalité, de violence, de consommation problématique de drogue, d’alcool ou de médicaments de prescription.

 

      L’absence de casier judiciaire, de signalements retenus à la Protection de la jeunesse, l’absence de jugement retirant ou restreignant le rôle parental ou l’accès à des enfants déjà existants.

 

       L’ouverture à la différence et à l’exploration des enjeux particuliers de la santé physique et mentale des enfants abandonnés.

  

 

Certains évaluateurs prennent leur rôle au pied de la lettre : cueillette et analyse des données sur lesquelles ils font une recommandation positive ou négative.  Ils n’échangent pas, n’outillent pas, cherchent avec insistance une faille personnelle ou conjugale, parlent beaucoup des problèmes, mais jamais des solutions possibles.  D’autres évaluateurs, fort heureusement, ont une vision plus respectueuse et dynamique du processus d’évaluation et voient leur rôle comme celui d’un accompagnateur du couple dans son projet d’adoption.  Ils se comportent comme des professionnels qui ont le devoir, envers les postulants , non seulement de les évaluer, mais aussi de leur faire connaître les enjeux en cause, et aussi de les outiller sur les moyens à prendre en cas de difficultés. 

 


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